Edward Whymper – 1860, un voyage initiatique

E. Whymper 1865En cet été 1860, Edward Whymper a 20 ans. Il a découvert les Alpes à Londres, quelques années auparavant, à travers le spectacle monté par Albert Richard Smith à l’Egyptian Hall à partir de 1854. Smith avait fait l’ascension du mont Blanc en 1851, et écrit un livre, The Story of Mont Blanc, en 1852.  Le jeune Whymper s’ennuie. Très curieux, grand lecteur, il aspire à une grande destinée « Premier ministre, ou alors millionnaire »… Mais, la plupart du temps, il note sur son journal : « Aujourd’hui : rien. Gravé du bois ». Il est graveur, comme son père. Il lit les journaux, commente, souvent péremptoire, les événements politiques du jour. En 1860, Albert Smith décède, la Savoie devient française, et le train de la chance passe dans l’atelier de gravure des Whymper. Les rédacteurs de Peaks, Passes and Glaciers, l’ancêtre de l’Alpine Journal, l’envoient dans les Alpes, pour dessiner les montagnes du Haut-Dauphiné. Par bonheur, Edward est un grand marcheur : il arpente souvent la campagne anglaise pour de longues randonnées. Si le train facilite déjà le voyage vers les montagnes (Edward a dessiné et gravé les illustrations d’un livre sur Stephenson et sa locomotive en 1858), une fois sur place, il vaut mieux compter sur une paire de bonnes jambes…

Parti par la Suisse, (le chemin de fer est arrivé à Bâle en 1844), il gagne l’Oberland à Kandersteg, traverse le Gemmi Pass pour rejoindre la vallée du Rhône, monte à Sass Fee, fait sa première visite à Zermatt, où le Cervin ne provoque chez lui qu’une curiosité de touriste (il n’est pas encore alpiniste…), met cap à l’ouest, et par les vallées et les cols, débarque à Chamonix, en même temps que Napoléon III et l’impératrice Eugénie, en visite dans cette Savoie nouvellement française. Il doit déjouer la surveillance les services de sécurité pour admirer la Mer de Glace, et la dessiner. Le tunnel du Mont-Cenis est en cours de percement, il visite le chantier, et gagne Grenoble, La Grave et Briançon. Il admire la Meije, se fait un ami à La Bessée (on parle aujourd’hui de L’Argentière-la Bessée) : Jean Reynaud, « agent voyer », c’est-à-dire officier chargé des travaux de voirie, du canton. Il admire le Pelvoux, entend parler des ascensions du capitaine Durand en 1828 et de Victor Puiseux en 1848.  Il est temps de repartir pour Londres. Ce voyage marque profondément le jeune Whymper. Peut-être les journées lumineuses de l’altitude, qu’il n’a fait qu’entrevoir illuminent-elles les longues heures passées dans l’atelier paternel à graver ses croquis? L’été suivant, il retournera dans les Alpes. Sa première visite sera pour son « digne ami Jean Reynaud ».

Michel Croz © Musée Alpin Chamonix

Michel Croz © Musée Alpin Chamonix

En 1861, il mènera ses premières « vacances d’alpiniste ». En cet été 1860, la Grande Casse (3855 m, point culminant de la Vanoise), est gravie par Michel Croz, guide originaire du Tour, tout au fond de la vallée de Chamonix, et William Matthews. Croz y démontre son habileté et sa résistance lors de la taille de centaines de marches dans la pente des Grands Couloirs. Whymper croisera bientôt leur route.

A suivre…