Douglas Freshfield et François Devouassoud, une cordée de l’Âge d’or

L’été 1865 est marqué par plus les retentissantes premières de l’alpinisme depuis l’ascension du mont Blanc en 1786. Mais pendant que les derniers problèmes des Alpes (qui allaient en poser bien d’autres) sont résolus, de nombreuses caravanes parcourent les montagnes. Leur alpinisme se conjugue sur le mode du voyage et de l’exploration.

D’un bout à l’autre de la chaîne, ils escaladent les sommets tout autant qu’ils découvrent des vallées. François Devouassoud, de Chamonix, guide une de ces caravanes tout au long de l’été.

François Devouassoud

François Devouassoud

Né au hameau des Barrats en 1831, il est l’aîné de trois frères, tous guides. François fait des études à Sallanches et à Bonneville, et pense un moment à devenir prêtre. Il sera finalement instituteur et guide, admis à la Compagnie à l’âge de 18 ans. Son principal client, celui qu’il accompagne en 1865, c’est Douglas Freshfield, un avocat londonien qui pratique la montagne depuis l’enfance, aux côtés de sa mère, excursionniste et marcheuse passionnée, qui publiera des recueils de récits de ses escapades. Il ne faut sans doute pas chercher plus loin l’origine de la fabuleuse carrière d’alpiniste et d’explorateur que mènera son rejeton. Devouassoud et Freshfield se rencontrent en 1863, quand Michel Alphonse Couttet engage son jeune collègue comme deuxième guide pour faire le mont Blanc avec le Britannique. Mauvaise idée : les deux hommes vont trop bien s’entendre et faire équipe pendant de longues années ! Dès 1864, ils arpentent les Alpes, font la première de la Presanella (3556 m, massif de l’Adamello) et se retrouvent presque chaque année, jusqu’en 1892…

Devouassoud et Freshield au centre

Devouassoud et Freshield au centre

En 1865, on relève leur passage au Grande Mèsule (ou Grosser Möseler, 3478 m, Zillertal ) et au Langtaufere Spitze, (3529 m, Stubai), dont ils font les premières ascensions. Puis, poursuivant vers l’ouest, ils déflorent le Pizzo Tresero, (3602 m, Ortlès). François Devouassoud, avec Antoine Clément, de Champéry, escaladent aussi le Brunegghorn (3833 m, Valais) guidant lors de cette première G. F. Cobb, W.D. Rawlins et R. B. Townsend sur l’arête sud-ouest. L’année suivante Freshfield et Devouassoud ouvrent l’arête nord-est du Bietschhorn (3953 m, Oberland). Leur cordée part à l’aventure au Caucase, en 1868. Ils font d’abord la première du beau Kazbek (5042 m). Puis, trompés par le brouillard, ils gravissent le moins élevé des deux sommets de l’Elbrus (5629 m, le point culminant, tout à fait semblable, est 13 mètres plus haut).

François Devouassoud fera d’autres premières, notamment dans les Dolomites, au Catinaccio en 1874, et au Sass Maor, en 1875. Freshfield et François voyagent souvent ensemble, plus forcément dans les hautes montagnes. Le Britannique explore l’Atlas, le Kangchenjunga et le Ruwenzori. Il devient rédacteur en chef de l’Alpine Journal, vice-président puis président de l’Alpine Club, avant d’en devenir le doyen. Il préside même la Royal Geographical Society. François Devouassoud officie pendant dix ans comme trésorier de la Compagnie des guides de Chamonix, mais refuse de devenir président, car il n’est pas d’accord avec le règlement de l’institution. Il meurt en 1905, à 73 ans. Son client témoignera souvent l’amitié et l’estime qu’il portait à ce guide « agréable et cultivé… capable de parler avec aisance d’Athènes et de Constantinople, de Dumas et de Victor Hugo, plus volontiers même que de ses propres aventures alpines… »

Freshfield décède en 1934, à 89 ans. A son dernier moment, il réclame le compagnon de ses ascensions et de ses voyages.

Claude Gardien