Michel Croz 1830 -1865

« le Prince des guides »

« Quand il s’élevait au dessus de la foule des hommes ordinaires, dans les circonstances qui exigeaient l’emploi de sa force prodigieuse et de la connaissance incomparable qu’il avait des glaces et des neiges, alors seulement on pouvait dire que Michel Croz se sentait complètement et réellement heureux »  Edward Whymper

Michel Croz © Musée Alpin Chamonix

Michel Croz © Musée Alpin Chamonix

Michel Croz est chamoniard, paysan cordonnier et guide. Il a guidé bien des « gentlemen », dont Matthews au couloir de la Grande Casse où il dut tailler 1100 marches avec sa hache. Michel Croz est réputé pour son flair de grimpeur et pour sa force. Croz est d’une vigueur exceptionnelle, même pour l’époque où les forts des campagnes ne manquaient pas. Croz soulève et tient un homme de 75 kg à bras tendus. Whymper l’a dit : « sans Croz je n’aurais probablement jamais fait l’ascension du Cervin ».

Originaire du Tour, village le plus haut de la vallée de Chamonix, Michel Croz ne vit que pour la montagne. Exerçant son métier de guide, il ne se fait vraiment remarquer qu’à l’âge de 30 ans lorsque William Mathews l’engage pour le Mont Blanc. Remarquant tout de suite son habileté, il le retient pour l’année suivante et Michel Croz va dès lors accompagner les meilleurs amateurs de l’époque (bien souvent anglais) avec lesquels il accomplit, en cinq ans, un nombre impressionnant de prestigieuses premières.

Michel Croz - gravure de Whymper

Michel Croz – gravure de Whymper

en 1861, c’est la première du Mont Viso avec Mathews,
en 1862 la traversée du Col de Ecrins avec Tuckett,
en 1863 la traversée des Grandes Rousses avec Mathews.
En 1864 il rencontre Whymper pour une nouvelle série (traversée de la Brèche de la Meije, Barre des Ecrins) en compagnie du grand guide oberlandais Christian Almer. « Réunir Croz et Almer était un coup de maître » déclare Whymper. Les deux guides s’entendent et se complètent admirablement.
Dans le massif du Mont Blanc aussi les premières s’enchaînent : Col du Triolet, Mont Dolent, Aiguille d’Argentière, Dent Blanche, Grandes Jorasses et traversée du Col du Dolent.
C’est l’âge d’or de l’alpinisme.
En 1865, Whymper qui cherche depuis des années à conquérir la cime tant convoitée du Cervin, se joint à Charles Hudson qui avait engagé Michel Croz pour cette ascension. Le 14 juillet, le guide mène à la victoire une lourde cordée de sept alpinistes: le vieux guide Pierre Taugwalder et ses deux fils comme porteurs, lord Francis Douglas, Hadow, Hudson et Whymper. Après « une heure bien remplie de vie glorieuse » au sommet, c’est la tragique descente : Hadow perd l’équilibre et entraîne Croz, Douglas et Hudson dans une chute mortelle. Michel Croz avait 35 ans…